D3RF / Carnet
Époque Web · 1990-2010

Hello world

14 janvier 2002, 21 h 52 min 35 s UTC

Cet article est daté de 2002 et a été écrit en 2026. Il porte la date d'enregistrement du nom de domaine sur lequel vous le lisez, parce que c'est le seul moment où ce blog a réellement commencé. Tout ce qui suit est vérifiable dans des archives publiques, et les artefacts sont reproduits tels quels.

Il existe une seconde précise où ce site est né, et elle n'a rien produit pendant vingt-quatre ans. Le registre des noms de domaine en .com, tenu par Verisign, en garde la trace exacte : d3rf.com a été enregistré le 14 janvier 2002 à 21 h 52 min 35 s, temps universel. Un lundi. La même date revient chaque année depuis, en face du mot expiration, ce qui signifie que le domaine n'a jamais été abandonné une seule fois. Quelqu'un a payé, tous les ans, pendant 8 963 jours, pour une adresse qui n'a presque jamais rien porté.

Ce qu'il y avait dessus

La première trace publique date de janvier 2003. Ce n'est pas un site, c'est une redirection. Le serveur qui répond appartient à Gandi, et il renvoie ailleurs.

Réponse HTTP, 16 janvier 2003
HTTP/1.1 302 Found Location: http://d3rf.free.fr/D3RF.COM/ Server: Apache/1.3.23 at redir-www-telehouse2.gandi.net

Au bout de cette redirection, une page personnelle chez Free. Et à sa racine, pas une page d'accueil : un index Apache brut, celui que le serveur génère tout seul quand personne n'a pris la peine d'écrire un fichier d'accueil.

http://d3rf.free.fr/ · index généré par Apache
Index of / Name Last modified Parent Directory 06-Jan-2003 17:56 D3RF.COM/ 16-Jan-2003 03:33 D3RF.ORG/ 07-Jan-2003 02:20

Deux dossiers, deux noms de domaine. Il y avait aussi un .org. Les dates de modification racontent des nuits de janvier 2003 passées à ranger des fichiers, à 3 h 33 et à 2 h 20.

Et dans le dossier D3RF.COM/, en avril 2003, une page dont le titre a été laissé tel que l'éditeur l'avait mis par défaut.

Source de la page, avril 2003
<title>Document sans titre</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">

« Document sans titre » est le titre que Dreamweaver écrivait à votre place quand vous créiez un fichier. Le laisser en production est la signature d'une intention qui s'arrête avant la fin. Il y avait tout de même un curriculum vitae, à l'adresse /Contact/CV.htm, archivé dès février 2003. Le domaine servait donc à quelque chose : à être joignable.

Le premier article, en 2010

Puis les archives se taisent pendant cinq ans. Quand elles reprennent, en décembre 2010, il y a enfin un vrai site à l'adresse d3rf.com. Un WordPress. Avec exactement un article, daté du 7 octobre 2010.

d3rf.com, capture du 21 décembre 2010
HOME About Hello world! Welcome to WordPress. This is your first post. Edit or delete it, then start blogging! 7 October 2010 | Déjà 1 Commentaire

C'est l'article que WordPress installe lui-même, pour montrer que l'installation a réussi. Il n'a jamais été modifié, ni supprimé. Personne n'a écrit le deuxième. Quelqu'un a tout de même laissé un commentaire, ce qui est la chose la plus touchante de toute cette archéologie : il y avait un lecteur, avant qu'il y ait un texte.

Puis à nouveau le silence, pendant seize ans.

Pourquoi c'est resté vide

La réponse facile serait le manque de temps. Je n'y crois pas, parce que le temps qu'il a fallu pour enregistrer deux domaines, ranger des dossiers à trois heures du matin et installer un WordPress était largement suffisant pour écrire un texte.

La vraie réponse est ailleurs, et elle est mécanique. Écrire publiquement a un coût immédiat, certain, et payé d'avance. Le bénéfice, lui, arrive tard, il est diffus, et il est impossible à attribuer à un texte en particulier. Personne ne saura jamais quel article a produit quelle rencontre. C'est le pire régime possible pour un système qui apprend par renforcement, et nous en sommes un : quand la récompense est différée, rare et non attribuable, aucun comportement ne se consolide, quelle que soit sa valeur réelle. On ne devient pas paresseux, on cesse simplement de recevoir le signal qui dit de continuer.

Vingt-quatre ans de silence ne sont donc pas un échec de volonté. C'est le résultat prévisible d'une boucle de rétroaction cassée. Ce blog existe parce que j'ai décidé de ne plus attendre le signal.

Ce que sera cet endroit

Un carnet d'atelier, pas un média. Ce qui s'y écrira aura toujours été fabriqué avant d'être raconté : des systèmes qui tournent, des choses qui ont cassé, des littératures croisées jusqu'à ce qu'elles se contredisent, et les protocoles décrits assez précisément pour qu'on puisse me prendre en défaut.

Deux engagements, parce qu'ils sont vérifiables et que c'est le seul genre qui vaille. Chaque affirmation factuelle portera sa source, et son état de vérification sera dit explicitement, y compris quand la réponse est « je n'ai pas vérifié ». Et quand un texte sera corrigé après publication, la correction sera visible dans le texte plutôt que silencieusement effacée. Il se trouve que le premier article publié ici a déjà eu droit à trois corrections factuelles, dont deux sur des expériences dont je citais le protocole de mémoire. Elles y sont signalées.

Le reste du site est une frise chronologique de l'histoire du calcul, de la mécanique Jacquard de 1801 aux modèles actuels. Ce blog en est le prolongement au présent, avec la même règle : une date, un fait, une source.

Chronologie établie

Sources. Dates d'enregistrement et d'expiration obtenues par requêtes RDAP auprès du registre Verisign pour les .com et du registrar Hostinger, les deux réponses concordant à la seconde. Toutes les captures citées proviennent de la Wayback Machine de l'Internet Archive, aux horodatages 20030116091616, 20030803173530, 20030401191900 et 20101221042125. Aucune archive antérieure à janvier 2003 n'existe pour ce domaine, ce qui laisse les treize premiers mois sans trace publique.